Réveiller les consciences
Rencontre avec une artiste habitée par l'œuvre de Raymond Lévesque
Dans le cadre de la nouvelle mouture du spectacle «Quand les hommes…», nous avons eu la chance de nous entretenir avec Johanne Desrosiers la tête d'affiche du projet. Entre deux répétitions, elle nous livre ses réflexions sur la pertinence intemporelle de Raymond Lévesque, le défi de porter sa poésie et l'excitation — mêlée d'un peu de peur — à l'approche de la première.
Johanne Desrosier - Artiste et Metteure en scène
Un spectacle pas comme les autres
On remarque rapidement que ce spectacle est divisé en blocs thématiques. Est-ce qu'il y en a un qui vous touche particulièrement ?
«C'est difficile de choisir, car je les aime tous ! Mais je dirais que le premier bloc, celui qui traite de la nature et de la pollution, résonne énormément en moi. C'est troublant de réaliser que certains textes écrits par Monsieur Lévesque dans les années 50, 60 ou 70 sont encore si pertinents en 2026. C’est presque décevant de voir que nous n'avons pas plus progressé, mais le cri est toujours là, intact.»
Comment décririez-vous l’approche artistique de cette production par rapport à vos projets précédents ?
«Ce n’est pas du théâtre pur et dur. J’ai voulu déconstruire les textes pour en faire un véritable échange. Je ne veux pas de poèmes déclamés de façon rigide. L’objectif est de créer une conversation intime entre l’acteur et le spectateur, comme si nous étions assis dans un salon à philosopher avec un ami.»
Transmettre pour ne pas oublier
Pourquoi avoir choisi de remonter ce spectacle aujourd'hui, plus de 20 ans après la première version ?
«Tout le monde connaît 'Quand les hommes vivront d'amour' ou 'Bozo les culottes', mais qui connaît vraiment l’ampleur de son œuvre poétique ? Son travail est prolifique, magnifique et visionnaire. Mon fils a 21 ans aujourd'hui, et je trouve ça essentiel de transmettre ces valeurs à sa génération. C'est une façon de leur dire : 'Vous n'êtes pas les premiers à revendiquer ces choses, d'autres l'ont fait avant vous.' Cela renforce notre pouvoir humain de savoir qu'on s'inscrit dans une continuité.»
En tant que comédienne, comment vivez-vous l’évolution de votre interprétation entre la première mouture et celle-ci ?
«À l'époque, j'avais à peine 30 ans. Aujourd'hui, avec la maturité, ces textes me parlent différemment. Le spectacle est peut-être moins militant qu'avant, mais il est beaucoup plus axé sur le partage et la transmission. J'ai aussi eu la chance d'être guidée par des gens très politisés lors de la première version, ce qui m'a permis de vraiment comprendre le fond de sa pensée.»
Artistes en répétition
Johanne Desrosiers, Anaïs Finlayson-Leduc, Nathalie Lépine
La magie du moment présent
À quelques semaines de la première, dans quel état d'esprit êtes-vous ?
«J'ai hâte, mais j'ai peur aussi ! C'est un spectacle différent, percutant. On se demande toujours comment il sera reçu. Mais je sens que le projet arrive à maturité.»
Vous utilisez souvent l’expression «le Jello pogne» pour parler de la cohésion du spectacle. Est-ce que le Jello a enfin pris ?
(Rires) «Oui, le Jello pogne depuis environ deux semaines ! Après tout le travail acharné d'apprentissage des textes et des partitions, la magie opère. Il ne manque plus que les éclairages et la communion avec nos trois musiciens sur scène pour que l'expérience soit complète. J’ai hâte de prendre mon envol avec ce projet.»
«Éveillons les consciences, c’est ce que disait Monsieur Lévesque.»
Un rendez-vous à ne pas manquer pour redécouvrir un géant de notre culture sous un jour nouveau et intime.
Pour visionner l’entrevue visitez c’est par ici !
